Où va la mer quand elle se retire ?

Toujours la mer m’appelle.

Quand j’étais enfant, nous allions quelques fois à la plage. C’était pendant la saison estivale quand mes frères et sœurs revenaient à la maison et nous embarquaient pour une virée. Nous prenions la précaution de savoir si la mer serait bien au rendez-vous car en période de grandes marées, elle s’en allait si loin que nous restions les yeux rivés vers cet horizon passionné de désolation.

Mon père quant à lui, s’adonnait plus particulièrement à deux plaisirs quand la mer se retirait, gratter les huîtres sur les rochers et les manger sur place ou ramasser des coquillages, des coques, des palourdes. Suprême félicité.

C’était un amoureux des marées, de ses odeurs.

Un amoureux des couleurs argent, de cet espace dépouillé des attraits de l’été. Nous aimions partager, ce que nous appelions, ses jeux de mer. https://www.youtube.com/watch?v=oRDmwVzPmLU

Je ne sais pas si c’était le fait de nous retrouver avec notre père, très rare moment, ou si c’était la confrontation à l’immensité vidée de l’océan, mais tout notre organisme vibrait au rythme de sensations nouvelles d’audace et d’indépendance. Nous ressentions le bouillonnement de la découverte d’une mer si pleine de merveilleux.

Happés par la beauté d’une mer en partance. Auteur

Nous restions, alors figés, face à une nudité vêtue de mystère, dans un sable vierge, à gratouiller le sol pour y puiser des trésors que nous dégustions à la tombée de la nuit  les yeux rivés vers un ciel rougeoyant de promesses.

Il n’y a pas de mer sans départ.

A l’approche de chaque automne, les souvenirs reviennent en même temps que les grandes marées. Les  vacanciers se sont éloignés, la mer aussi, mon père est parti.

Nous voilà avec les images fugaces de ces moments d’intimité avec notre éternelle question :

Où va la mer quand elle s’éloigne ? Où est parti mon père ?

La mer à fait ses valises

Rejoindre son amant

Au loin vers l’océan.

Elle a quitté le bord

Sans regret

Ni remords.

Le temps de se laver

Des abus de l’été.

Restent des enfants échoués

Sur un sable excédé

Scrutant la vague à lame

Un horizon en larme.

4 commentaires

  1. Magifique texte

  2. […] Comme un boomerang resté longtemps au loin, qui d’un seul coup, se pose à mes pieds avec délicatesse, tout me revient sous les coups de la froidure soudaine, tous ces moments à la fois de détresse et d’allégresse. Où va la mer quand elle se retire ? […]

  3. […] Une poésie à prendre le large Où va la mer quand elle se retire ? […]

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