L’écriture sauve-elle ?

l'écriture qui sauve, Annie Ernaux parle de son enfance. La poésie, et l'écrivain de la famille.

Nous‌ ‌sommes‌ ‌quantité‌ ‌à‌ ‌explorer‌ ‌le‌ ‌pouvoir‌ ‌de‌  ‌l’écriture.‌ 

‌Certains‌ relatent des événements‌ ‌du‌ ‌quotidien,‌ ‌d’autres‌ ‌inventent‌ ‌des‌ ‌histoires‌ ‌sorties‌ ‌de‌ ‌leur‌ ‌imaginaire‌, d’autres‌ ‌poétisent‌ ‌devant‌ ‌une‌ ‌réalité‌ ‌parfois‌ ‌maussade.‌

Moult ‌façons‌ salvatrices ‌s’offrent‌ ‌à‌ ‌nous‌ ‌pour‌ ‌déplacer‌ ‌notre‌ ‌vision‌ ‌du‌ ‌monde‌.

Les bienfaits de l’écriture.

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Quand‌ ‌j’ai‌ ‌pris‌ ‌le‌ ‌crayon,‌ ‌je‌  ‌me‌ ‌sentais‌ ‌menacée‌ ‌par‌ ‌l’univers‌ ‌d’adultes.‌ Une sensibilité ‌‌au‌ ‌bord‌ ‌de‌ ‌l’asphyxie‌ ‌soulevaient‌ ‌mon‌ ‌incompréhension.‌ Écrire‌ ‌s’est‌ ‌imposé‌ ‌à‌ ‌moi,‌ ‌comme‌ ‌ça,‌ ‌en‌ ‌amie.‌ ‌ Je voudrais te dire ce que l’on ne peut pas dire.

Au‌ ‌début,‌ ‌il‌ ‌s’agissait‌ ‌d’une‌ ‌écriture‌ ‌vomitive. Je‌ ‌crachais‌ ‌tout‌ ‌ce‌ ‌que‌ ‌je‌ ‌n’exprimais‌ ‌pas.‌ Je‌ ‌fabriquais‌ ‌un‌e existence ‌à‌ ‌mon‌ ‌image,‌ ‌juste‌ ‌pour‌ ‌moi,‌ ‌que‌ ‌je‌ ‌conservais‌ ‌au‌ ‌fond‌ ‌d’un‌ ‌tiroir.‌ ‌

‌Bien‌ ‌plus‌ ‌tard,‌ ‌mes‌ ‌écrits‌ ‌ont‌ ‌pris‌ ‌une‌ ‌autre‌ ‌forme,‌ ‌celle‌ ‌de‌ ‌la‌ ‌conscience‌ ‌de‌ ‌l’autre. ‌Ainsi‌ ‌partager‌ ‌ma‌ ‌plume‌ ‌est‌ ‌devenu‌ ‌une‌ ‌nécessité.‌ Ai je été sauvée pour autant ?

Écrivons-nous‌ ‌véritablement‌ ‌pour‌ ‌les‌ ‌autres‌  ?‌ ‌

Quelles sont nos motivations pour écrire.

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Des  motifs différents nous conduisent vers l’écriture, ceux qui réparent, racontent, ou remplissent. Quelque soit notre choix, nous développons cette  sensation “d’être sauvés”, de nous soustraire à la mélancolie ou à l’allégresse.

Combien sommes-nous ‌à‌  ‌gratter‌ ‌des‌ ‌lignes‌ ‌que‌ ‌nous‌ ‌brûlons‌ comme s’il s’agissait de magie noire. ‌L’écriture-délivrance‌ reste‌ ‌purement‌ ‌personnelle.‌ ‌Nous conjurons un sort,  extrayons des sentiments pour un meilleur, tout en nous faisant plaisir. Cela fait partie du jeu, “nous faire plaisir”.

‌Nous‌ ‌ne‌ ‌courons‌ ‌pas‌ ‌tous‌ ‌après‌ ‌la‌ ‌notoriété‌ ‌mais‌ ‌savoir‌ ‌que‌ ‌nos‌ ‌livres‌ ‌captivent,‌ ‌que‌ ‌nous‌ ‌sommes‌ ‌aimés,‌ ‌caresse‌ ‌notre‌ ‌ego‌ ‌et‌ ‌nous‌ ‌fait‌ ‌du‌ ‌bien.‌ 

‌Effectivement ‌écrire‌ ‌flatte‌ ‌notre‌ ‌côté‌ ‌narcissique‌ ‌même si ‌notre‌ ‌prose‌ reste méconnue et l’auteur convié à l’anonymat.

Ainsi, ‌certains‌ ‌deviendront‌ ‌romanciers,‌ ‌auteurs‌ ‌de‌ ‌grand‌ ‌nom,‌ d’autres‌ ‌des‌ ‌écrivains‌ ‌silencieux‌ ‌ou‌ ‌juste‌ « ‌écrivants ».‌Tout‌ ‌dépendra‌ du ‌style‌, de sa diffusion, livres, recueil de poésies, journal intime, blog mais aussi de ce que nous voulons vraiment. 

Que‌ ‌souhaitons-nous‌ ‌transmettre‌, au delà de notre satisfaction à écrire ?

Derrière ‌notre‌ ‌griffe‌ ‌et‌ ‌ce‌ ‌que nous véhiculons comme ‌messages,‌ ‌il‌ ‌en‌ ‌est‌ ‌un‌ ‌sous-jacent,‌ ‌nommé‌ ‌émotions.‌

Dans‌ ‌tout‌ ‌ce‌ ‌que‌ ‌nous‌ ‌couchons‌ ‌sur‌ ‌papier, ce qui nous transporte, est l’émotion que nous cachons et celle que nous soulevons chez le lecteur. Nous ne sommes plus seuls.

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La‌ ‌libération‌ ‌des‌ ‌émotions‌ ‌par‌ ‌le‌ ‌biais‌ ‌de‌ ‌l’écriture.‌ ‌

Nous‌ ‌ne‌ ‌deviendrons‌ ‌donc‌ ‌pas‌ ‌tous‌ ‌des‌ ‌auteurs‌ ‌du‌ ‌haut‌ ‌de‌ ‌l’affiche,‌  ‌mais‌ ‌à‌ ‌travers,‌ ‌notre‌ ‌journal‌ ‌intime,‌ ‌nos‌ ‌lettres‌ ‌qui‌ ‌ne‌ ‌partiront‌ ‌jamais,‌ ‌nos‌ ‌écrits‌ ‌du‌ ‌moment expriment‌ ‌des‌ ‌émotions‌ ‌à‌ ‌fleurs‌ ‌de‌ ‌stylo.‌ ‌

Nous‌ ‌voulons‌ ‌faire‌ ‌ressentir,‌ ‌faire‌ ‌vibrer.‌ ‌Par‌ ‌notre‌ ‌plume‌ ‌nous‌ ‌tentons‌ ‌de‌ ‌toucher‌ ‌l’autre,‌ ‌quelque‌ ‌soit‌ ‌le‌ ‌sujet,‌ ‌de‌ ‌provoquer‌ ‌quelque‌ ‌chose‌ ‌qui‌ ‌va‌ ‌au-delà‌ ‌de‌ ‌l’intérêt‌ ‌de‌ ‌lire.‌ ‌

A‌ ‌travers‌ ‌nos‌ ‌émotions,‌ ‌nous‌ ‌réveillons‌ ‌celle‌ ‌du‌ ‌lecteur.‌ ‌Ce‌ ‌réveil‌ ‌à‌ ‌deux‌ ‌impacts,‌ ‌libérer‌ ‌notre‌ ‌agitation‌ ‌intérieure,‌ ‌nous‌ ‌satisfaire‌ ‌du‌ ‌bien‌ ‌que‌ ‌nous‌ ‌faisons.‌ ‌ ‌

C’est pourquoi, ce geste simple d’écrire démontre de‌ ‌multiples‌ ‌bienfaits, tant dans la conception que dans l’aboutissement.

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L’écriture‌ ‌sauve-t-elle‌ ‌?‌ 

Dans un article du 15 avril 2019, dans Femina, Boris Cyrulnik évoque le lien entre l’écriture et la reconstruction de l’individu.  https://www.femina.fr/article/boris-cyrulnik-l-ecriture-donne-du-sens-a-l-incoherence#:~:tex

Pour ce grand neuropsychiatre, il ne suffit pas de partager sa souffrance pour diminuer l’impact de la blessure, il faut en devenir auteur. Nous sommes les créateurs de notre propre sauvetage.

 C’est ce à quoi sert l’écriture. 

Annie Ernaux et bien d’autres auteurs évoquent à plusieurs reprises l’enfance, la relation au père, à la mère, la famille, dans plusieurs de leurs ouvrages.

Annie Ernaux. Les années

Comment l’écriture sauve

Tout d’abord, elle permet d’échapper à la laideur, la médiocrité ou même l’horreur de la réalité. Elle permet de ne pas oublier tout en façonnant.

En fait, nous ne restons plus prisonniers de notre mémoire, de souvenirs qui peuvent nous détruire. L’utilisation de mots nous libère d’une souffrance que nous apprenons à transcender. L’écriture nous soulage de nos maux.

Nous transformons l’irréparable pour en faire un œuvre d’art. 

“Elle m’a sauvé en me permettant de sortir du silence et de me réapproprier mon histoire.” 

Boris Cyrulnik.

Ainsi l’écriture donne du sens à la confusion et crée un sentiment d’existence. ‌L’écriture‌ est ‌comme‌ ‌un‌ ‌exutoire.‌‌ Nous soignons notre âme et notre être par le biais de  “l’expression couchée ».

 ‌Et‌ ‌pourquoi‌ ‌pas‌ ‌?‌ 

Sortir du silence, renouer avec nous-même et frôler l’éternité en laissant à jamais une trace de notre passage. 

Finalement, après avoir été sauvés, peut-être est cela que nous recherchons, l’éternité ?

« Pendant quarante ans, ma vie a été muette, jusqu’au moment où je me suis décidé à écrire… »

Boris Cyrulnik

Paysage de mon enfance

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